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L'Opéra photographique : « Versailles Opéra »

Yves Phelippot travaille depuis plusieurs années à tisser des relations entre les deux mondes qui le passionnent : la musique (contemporaine et baroque) et la photographie couleur. Il recherche dans la structure de chaque image qu'il « compose » des éléments constitutifs de l'expression musicale : rythme, tonalité, répétition, etc…

« L'Opéra Photographique » est le point vers lequel tend depuis 1984 tout mon travail de recherche : donner à la photographie une nouvelle ampleur grâce à l'introduction, par osmose, des structures musicales dans la construction et le développement de l'image photographique. L'Opéra Photographique se propose de faire renaître la puissance de la Mythologie Baroque en retrouvant le souffle épique et lyrique des opéras de la fin du 17ème siècle, grâce à la règle des trois unités :

  • Unité de lieux : le parc de Versailles;
  • Unité de temps : au moment des grandes eaux;
  • Unité d'action : le déchaînement des passions, écrin de l'émergence de la femme.

Comme dans une tragédie de Jean-Baptiste Lully, nous voyons successivement 

  • Une ouverture où sont exposés les principes de base de la démarche de l'auteur et l'atmosphère générale de l'œuvre;
  • Puis un prologue qui célèbre la splendeur et l'harmonie de la création royale (ici le bassin de Latone, mère d'Apollon), et en définitive celle des hommes;
  • Puis trois actes séparés par deux interludes; dans le troisième acte l'eau tient la position centrale et introduit cette échappée vers un « ailleurs » (rôle dévolu à la scène du rêve dans « Armide » ou dans « Atys »);
  • Un final tout imprégné de féminité nostalgique clôt l'ensemble.

Pourquoi un opéra ?

Parce qu'il est la forme musicale qui correspond le mieux au sujet que je désirais traiter, et à l'esprit baroque qui me fascine et convient si bien à notre époque post-moderne.

Le montage souple des séquences à la prise de vues, et l'opposition des « blocs visuels » en séquences expressives, font naître une émotion épique qui à son tour suggère une histoire plus musicale que littéraire.

Reposant sur une pulsion régulière donnée par l'avancement de la pellicule, les mouvements s'enchaînent en souplesse selon des rythmes plus ou moins rapides et prennent des configurations différentes. En outre la rotation de l'appareil donne une liberté nouvelle à chaque élément constitutif de l'image (les visages évoluent indépendamment du corps, le ciel de la terre, l'eau des arbres…); elle fait apparaître un graphisme et des formes insoupçonnables.

L' « Opéra Photographique », une fois déployé dans son lieu d'exposition, crée un espace temps, un peu à la manière d'un film. Mais au lieu d'être fictif, l'espace est ici bien réel, suscité par la personnalité de l'auteur. Le photographe saisit dorénavant le vécu à travers cet espace qui est la matrice de ses émotions. J'y fais apparaître, se transformer et disparaître les images que je suscite. Un peu à la manière de Luigi Nono transcrivant dans son « Promoteo » ou la « Tragédie de l'Ecoute »(1) les événements sonores de la lagune de Venise, qu'il percevait à partir de sa maison de la Guidecca, orientée vers l'immensité miroitante.

« L'avenir se joue toujours vers le plus d'ouverture… »

Yves Phelippot, La Rochelle le 15 mars 1993

(1) Luigi Nono : « Prometeo dell'ascolto » Venise, San Lorenzo 1984

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