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Mon premier portrait d’utilisateur d’arme à feu remonte à plus de douze ans. Je me souviens qu’un de mes collaborateurs - apprenti à l’époque - me demanda avec une gravité toute solennelle, s’il pouvait m’avouer quelque chose. Il se tut pour laisser la place un long silence…
« Je tire ! » déclara-t-il.
J’ai été bien plus désarmé par la précaution qui entourait son aveu, par son regard ardent qui sollicitait ma compréhension, que par la pratique de sa passion. Car enfin, je savais que les stands de tir existaient, je savais que certains, dans mon entourage s’adonnaient au tir sportif, d’autres au tir militaire obligatoire, bref, l’arme à feu, sans que je n’y prête aucune attention particulière faisait partie de mon environnement depuis des lustres. C’est probablement sous un sapin de Noël que je reçu ma première pétoire. J’ai traversé, comme des milliers d’enfants le salon en criant « Pan, pan, pan ! » gavé de films de John Wayne, puis m’en suis lassé. Un peu plus tard, pas encore tout à fait un homme, je me retrouve debout au pied d’un drapeau entouré de pleins d’autres comme moi, bassiné par des airs de fanfares. On me tend solennellement un fusil d’assaut ; fini de jouer, les choses sérieuses commencent, je me retrouve de plain pieds dans le monde des adultes. En refusant mon arme, ce jour-là, je fus exclu, enfermé et questionné par un psychiatre militaire qui me révéla que le rejet souvent flirte avec la fascination.
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